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Louer son akiya à l'année : quel bail ?

11 octobre 2026 8 min de lecture
Louer son akiya à l'année : quel bail ?

Louer sa maison à un locataire qui y vit toute l'année est, sur le plan légal, la façon la plus simple de faire produire un revenu à une akiya : pas de plafond de 180 nuits comme pour la location touristique, pas de registre de voyageurs, pas de déclaration d'hébergement. Mais le droit japonais protège fortement le locataire, et un propriétaire qui vit en France ne peut rien gérer seul. Le choix du bail décide de tout le reste, en particulier de votre capacité à récupérer la maison un jour.

Ce que la location longue change pour vous

Une maison louée n'est plus votre maison de séjour. Vous ne pourrez ni y dormir, ni y laisser vos affaires, ni y faire des travaux sans l'accord du locataire. La location à l'année convient donc surtout :

  • si vous ne prévoyez pas de séjourner pendant plusieurs années ;
  • si la maison est en bon état et dans une zone où des gens cherchent à se loger ;
  • si vous voulez couvrir la taxe foncière, l'assurance et l'entretien sans exploiter un hébergement touristique.

Elle convient mal si la maison demande encore de gros travaux : un logement loué doit être habitable, et les réparations nécessaires à l'usage sont à la charge du bailleur.

Qui loue une maison à la campagne

La demande existe mais reste faible et très locale : familles qui quittent une grande ville pour une région rurale (移住者, ijūsha), jeunes ménages qui veulent un jardin, personnes recrutées par la commune, comme les coopérants de revitalisation locale (地域おこし協力隊, chiiki okoshi kyōryokutai) que certaines mairies logent chez des particuliers. Beaucoup de banques de maisons vides municipales (空き家バンク, akiya banku) publient aussi des maisons à louer ; l'inscription y est souvent gratuite. Les loyers des maisons anciennes à la campagne sont bas : regardez les annonces de votre commune sur les grands portails avant de fixer un chiffre.

Les deux baux du droit japonais

Le bail d'habitation relève de la loi sur les baux de terrains et de bâtiments (借地借家法, shakuchi shakuya hō). Elle prévoit deux formes.

Le bail ordinaire (普通借家契約)

Le futsū shakuya keiyaku est le contrat par défaut, souvent conclu pour deux ans. Il se renouvelle presque automatiquement : si le bailleur ne notifie pas son refus entre un an et six mois avant l'échéance, le bail est reconduit (article 26). Et le bailleur ne peut refuser le renouvellement ou donner congé qu'avec un motif légitime (正当事由, seitō jiyū, article 28), apprécié par le juge au regard du besoin de chacun, de l'historique du bail et d'une éventuelle indemnité d'éviction. Vouloir revenir y passer ses vacances pèse peu face à une famille qui y vit. Toute clause moins favorable au locataire est nulle (article 30).

Avec un bail ordinaire, récupérer la maison peut prendre des années et coûter une indemnité.

Le bail à durée déterminée (定期借家契約)

Le teiki shakuya keiyaku, ou bail à terme fixe, prend fin à la date prévue, sans renouvellement. Les parties peuvent signer un nouveau bail, mais le locataire n'a aucun droit à rester. L'article 38 pose trois conditions strictes :

  1. un contrat écrit (ou électronique) qui précise que le bail ne se renouvelle pas ;
  2. une explication préalable sur un document distinct, remise au locataire avant la signature, indiquant que le bail prendra fin à son terme. Sans ce document, la clause de non-renouvellement est nulle et le bail devient ordinaire ;
  3. pour un bail d'un an ou plus, un avis de fin de bail envoyé entre un an et six mois avant l'échéance. Un avis tardif reste possible, mais le bail ne prend fin que six mois après lui.

La durée est libre, y compris moins d'un an. Pour un logement de moins de 200 m², le locataire peut partir avant le terme avec un mois de préavis en cas de raison sérieuse (mutation, maladie). Les loyers sont souvent un peu plus bas, puisque le locataire accepte de partir à date fixe.

PointBail ordinaireBail à durée déterminée
Fin du bailRenouvellement quasi automatiqueFin à la date prévue
Récupérer la maisonMotif légitime, souvent une indemnitéAvis de fin de bail dans les délais
FormeÉcrit conseilléÉcrit et document d'explication distinct obligatoires
Pour quiPropriétaire qui ne reviendra pasPropriétaire qui veut revenir

Pour un propriétaire non-résident, le bail à durée déterminée est presque toujours le bon choix. Exigez-le de l'agence, et demandez une copie du document d'explication signé par le locataire.

Pour une maison pas encore rénovée, le ministère de l'Aménagement du territoire (MLIT) promeut depuis 2016 un bail où le locataire fait lui-même les travaux (DIY型賃貸借, DIY-gata chintaishaku) : loyer bas, travaux autorisés listés par écrit, pas de remise en état d'origine en partant pour ces travaux. Il se combine avec le bail à durée déterminée.

Gérer à distance : l'agence, en pratique obligatoire

Trouver un locataire, faire visiter, encaisser un loyer et faire réparer une fuite depuis la France ne se fait pas seul. Deux services existent, souvent assurés par la même petite agence locale.

La recherche du locataire (仲介, chūkai) : annonce, visites, vérification du dossier, rédaction du bail. La rémunération est plafonnée par un barème du ministère : en règle générale un mois de loyer plus la taxe de 10 % (1,1 mois) au total, partagé entre bailleur et locataire. Depuis le 01/07/2024, pour une maison restée longtemps inoccupée (長期の空家等, chōki no akiya tō), l'agence peut percevoir jusqu'à 2,2 mois de loyer au total, taxe comprise, la part du locataire restant limitée. Cette dérogation rend rentable, pour l'agence, la mise en location de maisons à petit loyer.

La gestion locative (管理, kanri) : encaissement, relances, demandes du locataire, artisans, état des lieux de sortie. Les tarifs se négocient ; les agences affichent souvent autour de 5 % du loyer hors taxe. Faites préciser par écrit la fréquence des reversements vers l'étranger et qui paie les frais de virement, le montant au-dessus duquel une réparation demande votre accord, et la remise d'un relevé annuel.

Sans compte bancaire japonais, et un non-résident n'en a pas, c'est l'agence qui encaisse et vous reverse. J'ai payé tout mon achat par virements internationaux et j'ai appris qu'un virement peut être rejeté ou amputé de frais en route : pour des loyers, regrouper les reversements par trimestre limite la casse.

Les usages à connaître

  • 敷金 (shikikin, dépôt de garantie) : un ou deux mois de loyer, restitué en fin de bail après déduction des dégâts imputables au locataire.
  • 礼金 (reikin) : somme non remboursable versée au bailleur à l'entrée, de plus en plus rare à la campagne.
  • Société de garantie de loyer (家賃保証会社, yachin hoshō gaisha) : elle paie en cas d'impayé. Pour un bailleur à l'étranger, exigez-la.
  • Remise en état à la sortie (原状回復, genjō kaifuku) : l'usure normale reste à la charge du bailleur, selon les lignes directrices du ministère qui servent de référence en cas de litige.

Avant la mise en location, faites contrôler électricité, gaz et chauffe-eau, videz la maison, adaptez l'assurance à l'usage locatif et faites un état des lieux photographié et daté.

Exemple de calcul

L'exemple suivant est inventé pour montrer la méthode ; il ne prédit pas ce que votre maison rapportera. Maison louée 40 000 ¥ par mois à un particulier, bail à durée déterminée de trois ans, gestion par une agence locale.

Poste annuelMontant
Loyers (12 mois)480 000 ¥
Gestion (5 % plus taxe)- 26 400 ¥
Taxe foncière (hypothèse)- 30 000 ¥
Assurance (hypothèse)- 25 000 ¥
Provision pour réparations (hypothèse)- 60 000 ¥
Reste avant impôts338 600 ¥

Soit environ 1 900 € par an (1 € ≈ 177 ¥, taux de référence de la BCE au 09/10/2026), avant frais de virement et impôts. La première année, ajoutez la commission de recherche (1,1 à 2,2 mois de loyer) et la remise en état. Six mois de vacance entre deux locataires effacent la moitié du résultat.

Les impôts, en bref

  • Au Japon, les loyers d'un bien japonais y sont imposables, même si vous vivez en France. Si le locataire est un particulier qui se loge, il ne retient rien. Si c'est une entreprise, une association ou une collectivité, il retient 20,42 % du loyer et le reverse au fisc japonais.
  • Le revenu se déclare au Japon avant le 15 mars de l'année suivante, par un représentant fiscal (納税管理人, nōzei kanrinin). L'abattement de base d'un non-résident est plafonné à 620 000 ¥ à partir des revenus 2026 : avec un petit loyer et ses charges, l'impôt japonais peut être nul.
  • En France, les loyers se déclarent en revenus fonciers. La convention fiscale franco-japonaise accorde un crédit d'impôt égal à l'impôt français, mais ces revenus relèvent le taux applicable à vos autres revenus, et les prélèvements sociaux restent dus.

Le détail des déclarations des deux côtés, et la liste des questions à poser à l'agence avant de signer un mandat, sont dans le guide Akiya Japon.

En résumé

  • La location à l'année est simple sur le plan légal, mais la maison cesse d'être votre maison de séjour.
  • Le bail ordinaire se renouvelle presque sans fin ; le bail à durée déterminée (定期借家) vous rend la maison au terme, à condition d'un écrit, d'un document d'explication distinct et d'un avis de fin de bail dans les délais.
  • Depuis le 01/07/2024, la commission de recherche peut atteindre 2,2 mois de loyer pour une maison longtemps inoccupée.
  • Agence et société de garantie de loyer sont indispensables à distance ; regroupez les reversements.
  • Les loyers s'imposent au Japon et se déclarent en France, avec un crédit d'impôt.