Devenir propriétaire au Japon par courrier

Vous avez signé le compromis pendant un séjour au Japon, vous êtes rentré en France, et l'agence vous écrit qu'il faudrait revenir pour rencontrer le shihō shoshi avant le règlement. Avant de racheter un billet d'avion, posez une question simple : la mutation peut-elle se faire par courrier ? Pour un acheteur qui réside à l'étranger, la réponse est souvent oui. Le ministère de la Justice prévoit des pièces qui remplacent le sceau et le certificat de résidence, et tout peut s'échanger par la poste. Voici le dossier, les démarches côté français et les erreurs qui renvoient les documents.
Ce qu'il faut inscrire, et qui s'en charge
La propriété d'une maison japonaise s'inscrit au registre foncier (登記, tōki) tenu par le bureau des affaires juridiques (法務局, hōmukyoku). L'inscription du transfert (所有権移転登記, shoyūken iten tōki) rend votre droit opposable à tous ; sans elle, le vendeur reste propriétaire aux yeux des tiers et de la mairie.
C'est le shihō shoshi (司法書士, professionnel de l'enregistrement, ni notaire ni avocat) qui prépare et dépose cette inscription. Il vérifie le registre, l'identité et la volonté des deux parties, réunit les pièces, confirme le jour du règlement que tout est prêt, puis dépose la demande, en général en ligne. Vous n'avez rien à déposer vous-même : vous lui fournissez des pièces et une procuration.
Lors de mon achat, l'agence m'a d'abord demandé de revenir ; après quelques échanges, elle a interrogé le shihō shoshi, qui a accepté de tout faire par courrier international. Je n'avais jamais posé la question moi-même. Posez-la par écrit dès le compromis.
Le problème : ni sceau, ni certificat de résidence
Un acheteur japonais prouve son identité avec un sceau enregistré et son certificat (印鑑証明書, inkan shōmeisho), et son adresse avec un extrait du registre des habitants (住民票, jūminhyō). Un non-résident n'a ni l'un ni l'autre : l'enregistrement d'un sceau suppose une inscription en mairie, donc un titre de séjour. Les pièces de remplacement sont au nombre de quatre.
1. L'affidavit, chez un notaire français
Depuis le 01/04/2024, une personne domiciliée à l'étranger qui devient propriétaire prouve son adresse, au choix, par un certificat officiel de son pays ou par une déclaration sous serment (宣誓供述書, sensei kyōjutsusho, l'« affidavit ») indiquant son nom et son adresse, signée par elle et certifiée par un notaire de son pays, accompagnée d'une copie du passeport. La France ne délivre pas de certificat comparable au jūminhyō : pour un Français, c'est l'affidavit. La même démarche sert à authentifier votre signature, à la place du sceau.
Pour le notaire, ce n'est pas un acte courant. Ce que vous lui demandez, c'est de certifier votre signature au bas d'une déclaration où figurent votre nom et votre adresse. Apportez le modèle du shihō shoshi avec une traduction française, signez devant le notaire et non avant, présentez le passeport dont vous enverrez la copie, et demandez le tarif à la prise de rendez-vous. Demandez aussi au shihō shoshi s'il exige une apostille : depuis le 01/05/2025, elle est délivrée en France par les conseils régionaux des notaires, et elle ajoute un délai.
C'est l'étape la plus longue : lancez-la dès que vous avez le modèle, sans attendre le reste.
2. La copie certifiée du passeport
La règle minimale demande les pages qui montrent le nom, la photo et la validité. Beaucoup de shihō shoshi demandent toutes les pages, vierges comprises. Suivez la consigne reçue. Sur chaque feuille, écrivez à la main 原本と相違ありません (« conforme à l'original »), la date et votre signature. Une seule mention pour l'ensemble ne suffit pas.
3. La déclaration écrite (上申書)
Le jōshinsho est une déclaration par laquelle on atteste un fait qu'aucun certificat officiel ne prouve : pourquoi vous ne fournissez pas de certificat de sceau, par exemple. Il sert aussi à déclarer votre contact au Japon (国内連絡先, kokunai renrakusaki), obligatoire depuis le 01/04/2024 pour un propriétaire sans adresse au Japon, ou l'absence de contact. C'est le shihō shoshi qui le rédige : vous signez où il l'indique, sans rien ajouter.
4. La procuration (委任状)
Le ininjō donne au shihō shoshi le pouvoir de déposer l'inscription en votre nom. Faites-le traduire avant de signer : il doit viser le bien précis et le transfert de propriété, rien de plus.
Depuis le 05/10/2026, la nationalité du nouveau propriétaire est aussi demandée à l'enregistrement, avec une pièce qui l'atteste ; le passeport s'y prête. Faites confirmer au shihō shoshi la forme exacte attendue.
La méthode qui évite les allers-retours
- Recevez les modèles en PDF et faites-les traduire.
- Prenez rendez-vous chez le notaire le jour même.
- Remplissez et signez le 上申書 et le 委任状, préparez les copies certifiées du passeport.
- Scannez tout et envoyez les PDF à l'agence ou au shihō shoshi. Attendez sa validation.
- Corrigez ce qui est demandé, renvoyez les scans.
- Seulement alors, envoyez les originaux par courrier international suivi (EMS ou transporteur express), et transmettez le numéro de suivi par courriel.
Une erreur découverte sur un original coûte un nouvel aller-retour postal, soit une à deux semaines.
Les erreurs de forme qui renvoient le dossier
| Erreur | Ce qu'il fallait faire |
|---|---|
| Laisser 様 (sama, « Monsieur ») après votre propre nom | Le rayer : on ne se l'applique jamais à soi-même |
| Signer loin de l'emplacement du sceau (印) | Signer juste à côté du cercle prévu pour le sceau |
| Oublier une mention « conforme à l'original » | Une mention et une signature sur chaque feuille |
| Écrire le nom dans un autre ordre que le passeport | Recopier exactement le passeport, partout |
| Envoyer les originaux sans validation | Scans d'abord, originaux ensuite |
J'ai commis les deux premières, et il s'est écoulé environ un mois entre la réception des modèles et la confirmation que mon dossier était complet.
Le coût de l'inscription
Deux postes, souvent présentés ensemble :
- La taxe d'enregistrement (登録免許税, tōroku menkyozei), calculée sur la valeur fiscale du bien et non sur le prix : 1,5 % pour le terrain (taux réduit prolongé jusqu'au 31/03/2029), 2 % pour le bâtiment d'une résidence secondaire. Le taux de 0,3 % réservé au logement occupé par l'acheteur n'est en principe pas accessible à une résidence secondaire de non-résident : faites-le confirmer.
- Les honoraires du shihō shoshi, libres : sur une petite mutation, plusieurs dizaines de milliers de yens, un peu plus pour un dossier de non-résident.
Exemple de calcul : terrain évalué 800 000 ¥ et bâtiment 200 000 ¥ fiscalement donnent 12 000 ¥ + 4 000 ¥ = 16 000 ¥ de taxe. Pour une akiya à bas prix, le total taxe et honoraires se compte souvent en dizaines de milliers de yens, parfois près de 100 000 ¥, soit de l'ordre de 550 € (1 € ≈ 177 ¥, taux de référence de la BCE au 09/10/2026). Faites passer ce paiement par l'agence plutôt que par un virement direct au shihō shoshi : un virement international mal libellé peut être rejeté des semaines plus tard.
Le jour du règlement, sans vous
Quand les pièces sont validées et le solde arrivé sur le compte de l'agence, le règlement (決済, kessai) a lieu en votre absence : l'agence remet le prix au vendeur, le shihō shoshi dépose la demande, et l'agence vous envoie les clés et votre exemplaire du contrat par courrier international. Surveillez le numéro de suivi : c'est souvent la distribution en France qui traîne.
Une à deux semaines plus tard, le shihō shoshi vous transmet le document d'inscription (登記識別情報通知, tōki shikibetsu jōhō tsūchi), qui porte un code de douze caractères sous un cache. Ne décollez pas le cache et ne photographiez pas le code : il prouvera que vous êtes propriétaire lors d'une future vente. Si vous déménagez en France, l'inscription de votre nouvelle adresse est obligatoire dans les deux ans depuis le 01/04/2026, avec un nouvel affidavit. Les modèles de lettres et la liste des pièces à cocher sont dans le guide Akiya Japon.
En résumé
- Demandez par écrit, dès le compromis, si la mutation peut se faire par courrier : pour un non-résident, c'est souvent possible.
- Le dossier : affidavit certifié par un notaire français, copie du passeport certifiée feuille par feuille, 上申書 et 委任状 rédigés par le shihō shoshi.
- Lancez l'affidavit en premier ; vérifiez si une apostille est exigée.
- Scans validés d'abord, originaux par courrier suivi ensuite.
- Comptez environ un mois de va-et-vient, puis une à deux semaines d'inscription après le règlement.
- Gardez le document d'inscription intact : il servira à la revente.
Sources
- Ministère de la Justice : justificatif d'adresse des étrangers domiciliés à l'étranger (affidavit, depuis le 01/04/2024)
- Ministère de la Justice : circulaire de 2017 sur les étrangers sans certificat de sceau (PDF)
- Ministère de la Justice : contact au Japon du propriétaire inscrit (depuis le 01/04/2024)
- Ministère de la Justice : nationalité dans les informations de recherche (depuis le 05/10/2026)
- Ministère de la Justice : obligation d'inscrire les changements d'adresse (01/04/2026)
- Ministère des Finances : taxe d'enregistrement (登録免許税)
- Notaires de France : apostille et légalisation